couchers et levers de soleil, une expérience différente



L'expression « le coucher de soleil » bien connue de tous, nous maintient dans l'attitude fausse et même invalidisante de croire que nous, les habitants terriens, sommes le centre du système solaire, et que même le soleil évolue autour de nous en se couchant et se levant quotidiennement.
Bien que nous sachions depuis des siècles que nous appartenons en symbiose au système d'une planète qui tourne autour du soleil, nous nous exprimons comme s'il n'en était rien. Nous nous sommes habitués à aller voir le soleil se coucher à l'horizon, au-dessus de la mer.

«œuf - coucher de soleil» œuf sous plastique

Nous le voyons réellement disparaître derrière l'horizon, et lorsque le spectacle est terminé et qu'il fait nuit, nous nous couchons, ou continuons peut-être nos occupations après avoir appuyé sur l'interrupteur qui libère l'énergie solaire de son réseau où nous le retenons emprisonné ...
Notre esprit humain est ingénieux, malin, illogique , irrationel. Ces capacités peuvent nous handicaper lorsqu'elles contribuent à nous maintenir dans des habitudes absurdes nullement en accord avec nos connaissances et nous enrichir lorsqu'elles nous permettent de découvrir les choses inattendues, ce qui est souvent exaltant car celles-ci contribuent à ce que nous puissions sortir de nos routines statiques, parfois pesantes
.

Poussée par un besoin d'étudier le coucher de soleil , alliant expression et réalité, je trouvais le sujet banal et appartenant au domaine des clichés ; j' engageai un dialogue avec moi-même et le phénomène en m'installant dans l'exercice d'observation par la peinture et le dessin. Je venais quotidiennement sur le même quai fixer mon regard sur l'horizon à la nuit tombante, pendant une période de deux mois. Pendant les trois années que l'exercice durait, chaque fois au solstice d'été, les traces de mon état d'âme du soir s'inscrivaient dans mes peintures, dessins et collages, toujours de même format 21 x 21 cm, sur papier : lorsque l'atmosphère était brumeuse et que le spectacle existait derrière la grisaille hors de ma vue, je travaillais mon image toute grise. J'intégrais parfois des résidus de déchets urbains, tickets de parking, bâtons de glaces et autres, ou résidus de la nature, tel qu'un morceau de squelette de mouette... J'ai peind sur une poche de chips argentée trouvée par terre, support impossible car la gouache séchée se décollait, sur une plaque d'amiante ayant appartenu à une batterie de véhicule... Je désirais handicaper la beauté du « coucher de soleil » par la pollution qui m'entourait au moment où je travaillais, alimentant ainsi une intuition présente et insaisissable me disant que derrière l'expérience collective « voir un beau coucher de soleil » se cachait un mensonge auquel je refusais d' adhérer. Je me laissais pousser par mon intuition et ma soif de découvertes à entreprendre une tournée des villes et villages de la côte sud et des fjords du Ryfylke de Norvège avec mon installation mobile créée à partir des photocopies des travaux ainsi existant. Les images n'étaient pas seules l'objet de l'installation , mais aussi les voiles de plastique transparent dans lesquelles je les avais incrustées, le paysage urbain ou côtier dans lequel je les déployais, la mobilité dans le temps et l'espace. Le camping-car étant affrété pour la tournée, nous fîmes traverser l'installation et moi-même, des environnements atmosphèriques et des états d'âme variés.

Je présentais ce travail alors nommé « Travail sur le coucher de soleil » au musée de l'Association d'Art de Stavanger, Norvège .
Dans une salle j'enpilais les premiers travaux, dûment et traditionellement montés dans des cadres dorés, sur une palette de transport format européen. Je tendais entre sol et plafond des « Couchers de soleil à l'œuf » et des « Couchers de soleil norvégiens » soudés entre des films plastiques transparents (lire article) . Dans une autre salle je créais l'installation « Euphorisme », les eléments employés étant des ballons argentés remplis d'hélium - la moitié retenue au sol par des bandes transparentes accrochées à des verres remplis au tiers de cognac et l'autre moitié montant jusquà la verrière du plafond, ayant pendu à mi-hauteur au bout de bandes plastiques transparentes, un échantillon de pétrole brut de Mer du Nord. Sur une des faces des ballons retenus au sol à hauteur des visages, des aphorismes étaient inscrits.

Au cours de cette présentation qui dura trois semaines, je réalisais deux performances , « Vernimage » et « Finissage ».

« Vernimage » : après avoir fixé une partie des tableaux de la palette, sur un support format paysage,
similaire au format de l'aquarelle exprimant la course du soleil de minuit peint au-delà du du cercle polaire par Anselm Kiefer "Die Kunst gehts nicht unter - l'art ne disparait pas", je cassais tous les verres enfermant les peintures, dessins et collages... Après cette destruction bruyante, j'entreprenais la peinture sur la nouvelle surface apparue, une paraphrase de l'aquarelle d'Anselm Kiefer.

« Finissage » : Je fixai le reste des tableaux sur un support de grand format (2m x 3m) et sur une musique spatiale du saxophoniste Jan Garbarekk, j'écrivais les mots suivants de bas en haut:. ....................................................................

Il fait nuit !
une allure spatiale effrénée
...la terre nous transporte dans son ombre à
La lumière fait des grimaces roses, jaunes, rouges, violettes, et oranges...

Je peignais ensuite par-dessus, de bas en haut encore, une nuit montante après avoir mélanger ma propre peinture de terre, d'œuf et de pétrole brut sous les yeux du public. Je terminais l'action en invitant le tireur d'élite Einar Tunheim, à viser cette nuit nouvellement déposée sur la surface. Les petits trous créés par le projectile de son arme dévoilaient par petits morceaux les images de mes observations.

Les expériences d'observation m'ayant transportée vers une prise de conscience nouvelle, ces dernières actions contribuèrent à renforcer la révélation suivante : chaque soir et chaque matin m'offrent la possibilité de me sentir en appartenance avec un monde extraordinaire qui m'accueille et qui est en interaction avec l'astre nourricier, chacun en mouvement à des rythmes qui leur sont propres. Chaque transition de lumière et d'ombre que ceux-ci provoquent, me donne la possibilité de voir à l'œil nu la rotation de la terre, bien que tellement plus immense, et la sensation réelle du dynamisme de vie qui m'habite... J'avais dans ma jeunesse tendance à l'oublier, engoncée dans des attitudes statiques et polluées par des croyances maintenues par des expressions fossilisées... Pour couroner cette découverte, je lance aujourd'hui le défi de trouver une expression si précise et en relation intime avec le phénomène qu'elle détrônera l'expression mensongère si bien ancrée dans nos habitudes.

Je nous invite à regarder le spectacle de couleur et de lumière qui s'offre à nous et témoigne de notre transport terrien quotidien dans la lumière solaire et dans l'ombre de la terre, avec des yeux nouveaux, et à être réellement là pendant tout de temps, percevoir à « corps nu » l'allure à laquelle nous voyageons dans l'espace.
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