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Jacques Taris, homme de tresse et de trace

Une glène, en termes de marine, est ce qui resulte du geste de lover une amarre, ou le dormant d'un cordage - le dormant est la partie qui n'est pas en tension. C'est une amarre pliee.
Le geste et le tour de main, pour tourner le dormant, sont decisifs,
pour que l'on puisse si besoin est, dans l'urgence, liberer le cordage et le retendre ou le laisser filer en grand.
Depuis deux jours il y a, suspendus au-dessus de nous, une amarre, et son dormant lové en glène; une extremité est attachée prés de la scène, et l'autre frappée au balcon du théâtre. L'amarre n'est pas tendue, comme si nous n'étions ni partis, ni a quai. Le point d'attache change, et l'amarre continue d'être tressée, par un gars silencieux, qui transporte dans un seau noir, de mer ou de ménage, de l'eau et des lanières. Alors on se souvient, et l'on va vérifier, que ces lanières proviennent d'une toile lacérée qui etait, au debut de la rencontre, entière et exposée au sous-sol du théâtre, et dont les franges sont, d'heure en heure, coupées.
Depuis que nous avons fini de parler, maintenant que nous concluons, le seau est là, sans plus personne, et la tresse, l'acte de tresser est interrompu, et avec lui la tresse elle-même arrêtée. La tresse est ce qui reste du tableau, sa trace, ce fil, et ce fil est interrompu dés que nous cessons de parler ensemble.
Cet homme de tresse et de trace est silencieux, ce qu'il a à dire, il le fait, ce qu'il fait dit ce que nos paroles ne disent pas. Choix non seulement de l'éphémère mais de l'incognito, de l'inconnu dans ie public. Non pas du privé, mais du non mediatique.
Cet inconnu de l'histoire, chroniqueur silencieux de l'histoire du colloque montre une vérité et un espoir de ce colloque: des lacérations du désastre, il reste des charpies, il faut pour l'instant renoncer à reconstituer la toile telle qu'elle était par le passé, si belle fut-elle, il faut tellement renoncer qu'il faut plonger ce qui reste dans l'eau d'un seau noir et tresser les lanières de telle sorte que les motifs en soient méconnaissables, définitivement perdus dans la tresse, mais ce qui reste, trace et tresse, devient nouveau, et disponible pour être à nouveau lancé.
Ce qui reste dans ce qui est nouveau c'est la tendresse des couleurs dans le désastre (pour reprendre les mots d'Yves Peyre), c'est le fil qui nous relie au dormant de la glène prête a se délover.
«J'ai tendu des cordes de clocher à clocher et je danse.»
Le fil se tresse de ce qui nous relie secrètement. Du temps déchiqueté reste I'empreinte des voix éteintes, et des gestes qui sont mémoire et qui font lien.
Il faut une tresse pour renouer la toile perdue. Constater le malheur et préparer, ravauder, tresser: travail des invisibles, des femmes, des silencieux, des patients, des inconnus, des artistes.

Laurence Cornu


Title : MEMORY'S WEAVES,

Citations coming with " ACTIONS-POTLATCH "

I would watch over the people so that they might understand the gravity of death. Having boats and carts, they would not use them; possessing arms and armour, these would be of no use to them. I would have them return to the use of knotted strings.
LAO TSEU.

We are passers by destined to pass through, hence to do away with trouble, to inflict our warmth, to speak out our exuberance. There, that is why we are tempestuous and unusual.
RENÉ CHAR.

I stretched ropes from bell to bell, garlands from window to window; golden chains from star to star and I danced
"Illuminations" ARTHUR RIMBAUD